Description du projet

Une bête au paradis

De Cécile Coulon

Aux édition l’Iconoclaste

Une terre, une famille, des passions. Autour de ce schéma classique, la langue charnelle de Cécile Coulon emmène ses héros jusqu’à la folie.

Dès le titre, le nouveau roman de Cécile Coulon joue sur les mots, les sen­timents, la vengeance et la passion qui dévastent tout. Chez Emilienne d’abord, une femme âgée élevant seule ses deux petits-enfants, Blanche et Gabriel, après la mort accidentelle de leurs parents. Emilienne est une terrienne qui, dans sa ferme portant le doux nom de Paradis, vit entre le poulailler, les champs et la fosse à cochons. Elle est « une femme d’ici qui ne meublait pas la conversation » ; elle ressemble à « un arbre fort aux branches tordues » que les deuils successifs ont rendu robuste et puissant. Blanche, sa petite-fille, a hérité de cette passion pour la ferme du Paradis, qu’elle n’imagine pas quitter un jour. Pas même pour Alexandre, l’amour de sa vie. Et tandis qu’Alexandre ne rêve que d’ailleurs, de réussite spectaculaire et d’argent vite gagné, Blanche se laisse dominer par les lieux qui font d’elle une prisonnière et une enragée, bête de somme et animal sauvage.

Une bête au Paradis est un roman charnel d’une violence extrême. On aime et on se bat, on fait l’amour à s’en arracher la peau tandis que, dans la cour, on saigne le cochon. Puis on pleure à sanglots déferlants. L’univers romanesque inventé par Cécile Coulon est un monde qui s’échine à survivre. Il y a du Larry Brown — l’auteur américain de Sale boulot, figure du mouvement dit du « réalisme sale » — dans la façon de décrire les êtres silencieux, défigurés par leur soif de vengeance. Cécile Coulon a pourtant sa manière bien à elle de pétrir les mots comme de la glaise et de faire dialoguer ses personnages comme s’ils hurlaient à la lune. La romancière avance avec rigueur dans son histoire de possession et de folie. Elle décrit superbement les corps brûlés par le désir, les bêtes dépecées avec autant d’adresse que d’indifférence. La tragédie éclate face à un paysage qui reste immuable, puisqu’il est une porte ouverte sur le Paradis…

Source : télérama, Christine Ferniot

18€

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